Volume 39
Jean-Henri Azéma
Itinéraire d'un poète engagé
Jean-Henri Azéma
entretien avec
Albert Weber

A Prosper Eve et tous ceux qui ont réhabilité l'oeuvre et la mémoire d'Auguste Lacaussade
Paris 2 août 1997, conversation à bâtons rompus à une terrasse de café à Paris, où cet entretien inédit d'une demi-heure a été enregistré par Patrick Nurbel entre poésie et politique, Réunion et Argentine.
"l'écriture a démarré exactement en 1955 à Buenos Aires. C'est à ce moment-là que j'ai écrit les premiers vers d'Olographe. La nostalgie revenait d'une manière trop puissante et trop forte et j'essayais de retrouver ce que j'avais eu dans mon enfance. Il fallait tout de même laisser derrière soi une trace de ce qu'avait été la jeunesse d'un garcon né à La Réunion et qui avait participé en 1945 à une série d'évènements vraiment graves et difficiles à interpréter"
En 1933 Jean-Henri Azéma a 20 ans. Fasciné par Maurras il s'enflamme pour la politique : "Nous étions sur le qui-vive dans la rue, manifestation après manifestation, bagarre après bagarre".
Années noires, France occupée et s'engagement totalement journalistique : Action Francaise, je suis partout, Le Jour, Candide, Gringroire, chroniques de 1940 à 1945 sur Radio-Paris.
Libération, exil en Argentine dirigé par Peron - "un pays dont je ne parlais pas la langue, une sorte de terre promise des révolutions avortées" - et ultime sursaut politique en 1952 en faveur du MNR, mouvement nationaliste révolutionnaire en Bolivie.
"l'amour d'une femme fait beaucoup. J'ai eu la chance de rencontrer une femme qui parlait couramment le francais. Elle citait les poètes les plus renommés et les plus inattendus. On a parlé de poésie avant de parler de politique. Elle avait 23 et moi 36 ans. On s'est marié en 15 jours et ca a duré 40 ans ".
l'inconditionnel admirateur de Lacaussade évoque son passé entre erreurs et premier retour à La Réunion en 1978 : "Une très grande émotion : je me suis incliné, je me suis baissé et j'ai embrassé la terre de mon pays".
Quantité de souvenirs surgissent à l'écoute de cet entretien réalisé voici 20 ans : notre première rencontre devant les éditions Caribéennes ; sa venue au Salon du Livre à Paris ; la publication '"Au soleil des Dodos" en 1990 dans la collection Mascareignes créée avec Annie Darencourt ; ses escales parisiennes agrémentées de nos retrouvailles avec Julienne Salvat et Laurence Berthier ; nos intenses échanges épistolaires et sa cinquantaine de lettres envoyées d'Argentine (et conservées) entre confidences et dialogue jusqu'à ce que la maladie de Parkinson et la mort l'emportent en 2000.
"l'homme réunionnais est un homme pluriel, c'est là notre originalité. Tôt ou tard nous devrons mettre en action cette originalité pour survivre dans le monde qui vient" affirme le poète réunionnais qui cite Boris Gamaleya, Edouard Maunick, Jean Albany et Axel Gauvin.
Lui qui refusa toujours tout projet de biographie offre, grâce à cet ultime entretien, une confession et un testament posthumes émouvants et lucides.
Albert Weber
Piste 1 : Début de l'écriture
Piste 2 : Choix politique
Piste 3 : Son engagement politique
Piste 4 : Son organisation
Piste 5 : Choix de l'écriture
Piste 6 : Homme d'écriture, homme de tribune
Piste 7 : Radio Paris
Pistes 8 et 9 : Communication avec l'île
Piste 10 : Arbitraire de la victoire
Piste 11 : La fuite
Pistes 12 à 15 : l'Argentine
Piste 16 :Recul avec l'engagement politique
Pistes 17 à 19 : Identité créole dans l'écriture
Pistes 20 et 21 : Retour à la terre natale
Piste 22 : Notre culture
Pistes 23 et 24 : Le poète, les poètes.
Piste 25 : 150ème commémoration de l'abolition de l'esclavage.
Pistes 26 à 28 : Auguste Lacaussade
Piste 29 : Pérennité de J. H Azéma.