Volume 24
Maloya "fonkèr" pour La Réunion
Danyel Waro
entretien avec Pascal Balland

Itinéraire d'un Réunionnais engagé
Cette rencontre met en relief un des personnages les plus emblématiques et les plus connus de la Réunion. Et dès les premières phrases, on comprend que la vie et l'oeuvre de Danyel Waro ne se résument pas aux créations enracine dans un maloya sans concessions.
On comprend mieux combien l'enfance et l'adolescence ont été déterminantes dans le militantisme de ce fils de planteur qui ne se contente pas de parler ni de chanter. D'ou` son refus du service militaire et ses années de prison comme le souligne cet entretien à deux voix : questions en francais, réponses en créole.
Depuis son enfance jusqu'aux tournées sans frontières, cette inimitable voix réunionnaise témoigne d'incontournables évidences : besoin d'authenticité, refus des compromis, envie de "vivre réunionnais" jusqu'à créoliser son prénom et son nom de famille. Cette démarche à priori surprenante voire dérageante a fait école.
Une île, une cause, un peuple
Loin des modes musicales et des mirages d'une "carrière internationale", place à une trajectoire personnelle et publique livrée sans retenue par ce "prophète et poète en son pays", selon l'expression de Fred Hidalgo, directeur-rédacteur en chef de Chorus qui a consacré une interview de 8 pages parue en juillet 2001.
Tant dans les écarts réunionnais que les festivals internationaux, Danyel Waro défend une île, une cause, un peuple aussi. "Mi fé pas maloya, maloya i fé amwin" : cette affirmation (Témoignages, 28 décembre 2000) prend une saveur particulière ici. Surtout quand l'homme aux cheveux en bataille et aux savates doigts-de-pied évoque le maloya interdit, le Parti communiste réunionnais, Firmin Viry, la société de consommation réunionnaise, le métissage, etc.
Le témoignage de ce défenseur de la "Batarsité " - titre du 1er CD sorti en 1994 - permet de mieux comprendre ce qui étonne, agace et enthousiasme ce Réunionnais né au Tampon le 10 mai 1955.
Ecoutons le s'exprimer avec son coeur et ses tripes. L'écouter devient un acte militant.
Albert Weber, journaliste de Chorus
Danyel Waro vit dans les hauts de Saint-Paul à l'île de la Réunion. Dans son atelier, il fabrique les instruments traditionnels du maloya: le kayanm, instrument plat concu à partir de tiges de fleurs de canne et rempli de graines de safran sauvage, le bob fait d'une corde tendue sur un arc et d'une calebasse comme caisse de résonance, le roulér, gros tambour monté à partir d'une barrique sur laquelle on tend une peau de boeuf.
Le maloya est le rythme traditionnel de la Réunion. Un rythme ternaire sur lequel les travailleurs des plantations chantaient leurs joies et leurs peines: c'est le blues de la Réunion Danyel Waro est resté fidèle à la tradition acoustique du maloya dont il est le "héros" reconnu dans toute l'île. Musicien, mais aussi poète, il sait faire chanter le créole avec une émotion sans pareille: "Pour moi le maloya, c'est d'abord le mot, précise-t-il. "Je cherche la cadence, l'image, le rythme dans le mot. Gra^ce au maloya, j'ai pris du recul par rapport à la philosophie cartésienne, aux jugements trop conceptuels. Le maloya m'a remis en accord avec la Réunion, avec les gens, avec notre langue, et notre bâtardise.
Betty Cerveaux-Mayer
Plan :
Piste 1 : Présentation de l'artiste
Piste 2 : Première chanson
Piste 3 : Le contexe de l'émergence du maloya de Danyel Waro
Piste 4 : Le rebel et le militant
Piste 5 : Exil et identité
Piste 6 : Le maloya, héritage de l'histoire
Piste 7 : Alain Peters
Piste 8 : "Batarsité" entre que^te des origines et évolutions
Piste 9 : Regard sur la société réunionnaise
Piste 10 : Mon plus gayar pays c'est l'amour
Piste 11 : Ici et ailleurs
Piste 12 : La langue réunionnaise
Piste 13 : Le plaisir de continuer