Volume 18
La postcolonialité à la Réunion
Francoise Vergès

La question s'est souvent posée: comment décrire la situation politique de La Réunion ? La réponse emprunte majoritairement à un discours classique : l'île serait en situation néo-coloniale ou alors elle offrirait l'exemple d'une assimilation réussie. Le cadre reste celui du " statut ", la controverse entre " autonomistes " et " départementalistes " ayant dominé le débat public pendant plusieurs décennies. On finit par tourner en rond.
En abordant la situation réunionnaise à travers la " postcolonialité ", on contourne l'impasse du débat sur le statut. On revient alors sur la loi de 1946, sur les luttes pour l'égalité, pour l'affirmation de la différence culturelle en montrant comment les Réunionnais ont inventé une forme singulie`re de la décolonisation.
Tenir compte des mutations profondes de ces vingt dernie`res années exige d'élaborer une nouvelle méthodologie, de nouveaux concepts. La postcolonialité ne renvoie pas simplement à un découpage de l'histoire pré-colonial, colonial, postcolonial --, mais à une facon de relire le monde. Elle postule la multipolarité, affirme que la modernité n'est pas un apanage de l'Occident opposé à une arriération du reste du monde, qu'il existe des modernités, que le métissage est inévitable, l'inter-culturel constitutif de toute civilisation, que le rapport colonisateur/colonisé est à la fois conflit et échange. à La Réunion, nous nous engageons dans la postcolonialité au début des années 1960. l'ordre colonial se fissure. Des voix affirment l'existence d'un peuple réunionnais solidaire des peuples de l'Océan indien et des mouvements sociaux en France, d'une langue créole, d'une culture qui s'amarre à l'Afrique, à l'Asie, à l'Europe et aux autres îles. Aujourd'hui, La Réunion entre dans une e`re de mutations, elle contribue au débat sur la différence culturelle et la démocratie, le développement durable et la postcolonialité, l'interculturalité et le dialogue des civilisations.
Piste 1 Introduction
Piste2 : La Réunion dans l'océan Indien avant la colonisation francaise
Piste 3 ; L'arrivée des Européens
Piste 4 : Le processus de créolisation
Piste 4 : 1848
Piste 5 : L'oubli imposé
Piste 6 : De 1946 à nos jours
Piste 7 : Contribution aux grands débats contemporains
Piste 8 : Conclusion
Francoise Vergés est professeur à Goldsmiths College, Université de Londres et vice-présidente du Comité pour la Mémoire de l'esclavage. Depuis deux ans, elle travaille au programme culturel et scientifique de la Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise.
Dernières publications : Amarres. Créolisations India-Océanes avec Carpanin Marimoutou (Ka éditions, 2004) et La république coloniale. Essai sur une utopie avec Pascal Blanchard et Nicolas Bancel (Albin Michel, 2004).